La méthode TRE
(Trauma Releasing Exercices ou méthode de réduction des traumatismes)

by thelmaetfleur

 

Créée en 2005 par David Berceli, la méthode TRE (Trauma Releasing Exercices ou méthode de réduction des traumatismes), s’inscrit dans le courant récent de la traumatologie.

Située à la croisée  des résultats de recherches multidisciplinaires, dont la neurobiologie[1], la méthode conçue par David Berceli, adopte comme principe, que les ressources de notre propre corps, sont un facteur essentiel de transformation.
Pour lui, notre organisme, conçu pour vivre  et subir des expériences traumatiques, possède également en lui, une capacité de résilience.

Dans ce courant récent de la traumatologie, d’autres formes de traitement ont vu le jour.
Qu’il s’agisse de « la somatic experiencing » de peter Levine, ou encore « l’EMDR » de Francine Shapiro, toutes ont, elles aussi compris, la nécessité de s’intéresser au rôle du corps dans le trauma.

Cependant David Berceli, en raison de son expertise particulière de psychothérapeute psychocorporel et de bio-énergéticien, apporte avec le TRE, une réponse singulière au traitement du trauma.
En effet, en s’intéressant à l’implication de la musculature profonde de notre corps, David Berceli a mis en lumière deux réactions fondamentales sollicitées de façon réflexe, chez tous les mammifères, lorsqu’ils sont soumis à un trauma :

  • Il s’agit d’une part du mécanisme de protection de nos organes vitaux
  • Et d’autre part, du mécanisme de tremblements qui permet de relâcher les muscles et d’évacuer l’impact pathogène de l’événement.

Les réactions autonomes de protection et de libération des tensions

Face à un danger, la réponse instinctive  et commune à tous les mammifères, est d’adopter la position foetale de manière à protéger la partie antérieure du corps et à ne pas exposer les organes vitaux aux éventuels prédateurs.
Ce réflexe de protection sollicite une réaction en chaîne des muscles fléchisseurs, dont le psoas est l’épicentre. S’il est itératif, et que les tensions ne sont pas évacuées, alors il en résultera pour le corps une crispation chronique pouvant  évoluer vers un état de stress aigu.

C’est d’ailleurs ce qui se passe la plupart du temps dans notre quotidien.
Nous subissons des stress, mais nous contrôlons et réprimons les réponses physiologiques de notre corps.
L’énergie produite par notre organisme reste alors bloquée dans les tissus, créant une boucle neuronale et physique qui entraîne une compulsion de répétition.

Le cerveau, en alerte, a l’illusion d’être toujours agressé et continue d’envoyer au corps des signaux afin qu’il se prépare à la fuite ou au combat.

En tant que traumatologue David Berceli est régulièrement intervenu dans des régions en crise et  dans des zones de guerre. Il a pu remarquer à ces occasions, comment de façon systématique des personnes tremblaient pendant et après les bombardements.
Il s’agissait surtout des enfants, les adultes essayant de garder une contenance pour les rassurer.
Un jour lors d’une attaque particulièrement violente, David Berceli subit un stress intense, et eût également cette réaction de  tremblements involontaires. Le lendemain, il constata qu’il se sentait nettement plus détendu qu’à l’habitude.
Il en conclut que ces tremblements avaient été pour son corps le moyen d’évacuer, la tension excessive et la surcharge de substances neurochimiques générées par le choc traumatique afin de retrouver un état de repos et de détente.

COMMENT ÇA MARCHE / LA THÉORIE POLYVAGALE

En réalité, beaucoup de choses se passent d’abord dans notre corps avec peu d’intervention de notre cerveau.
Une émotion est d’abord une réaction produite par un élément extérieur détecté par nos sens, qui entraîne une réponse physiologique se manifestant à l’intérieur de notre corps par des mouvements réflexes. Le signal externe est dans le même temps, reçu par notre cerveau limbique qui le passe au filtre des émotions

De fait, trembler est une réponse instinctuelle et autonome de notre système nerveux central.
C’est en fait, une des réactions les plus primitives de l’organisme présente chez les animaux comme chez les êtres humains.
Contrairement aux animaux, nous autres humains réprimons notre capacité innée à trembler pour évacuer la surcharge énergétique générée.
Nous contractons nos muscles pour résister et contenir les tremblements, ce qui se traduit à terme par  un état de tension chronique.

Stephen Porgese, docteur en Neurosciences, a publié en 1994 le fruit de ses recherches sur le fonctionnement du système nerveux autonome et en particulier du nerf vague, sous l’intitulé de « Théorie Polyvagale ».

Cette théorie explique la co-régulation biologique de notre système nerveux autonome, nécessaire à tout être humain pour être en relation avec autrui.

En résumé, lorsque tout va bien et que nous nous sentons en sécurité, c’est la partie ventrale (antérieure) du nerf vague qui est activée de façon dominante. Nous appréhendons alors notre environnement sereinement dans sa globalité. Stephen Porgese a appelé cet ensemble : « la connexion visage/cœur ».

Par contre, si notre SNA détecte une menace dans notre environnement, il a d’abord recours au système sympathique pour nous préparer à agir, soit par la lutte, soit par la fuite.

Mais que se passe-t-il lorsque nous sommes en situation d’impuissance ?

La branche dorsale du nerf vague prend alors le relais et cause notre désengagement ou notre immobilisation (figement).

Cet état d’inertie ou de figement désorganise notre système nerveux central et nos chaînes myofasciales.

Ce sont ces zones de figement que le TRE va progressivement libérer.

Des exercices simples et accessibles à tous pour relâcher les tensions

Le principe de la méthode TRE est de réactiver le mécanisme des tremblements neurogéniques.
À cet effet, David Berceli s’est inspiré de l’analyse bioénergétique, du yoga et du Tai Chi pour concevoir une série de sept exercices très simples.
Il s’agit d’une alternance de contractions et d’étirements très doux permettant d’échauffer progressivement les chaînes musculaires.
Lors de la dernière phase de stimulation, qui s’effectue allongé sur le sol, l’alternance de mise sous tension et de relâchement, enclenche les tremblements.
Il suffit alors de les laisser tranquillement se développer pour qu’ils libèrent en douceur les tensions.

David Berceli précise que sa méthode n’est pas une psychothérapie.
L’un des objectif de la méthode est d’apprendre aux personnes à auto réguler les tremblements en toute sécurité afin de retrouver le contrôle de leur physiologie et un état  d’équilibre apaisé après un temps d’apprentissage auprès d’un praticien.

Le point fort de cette méthode est que le corps résout par lui-même les traumatismes sans qu’il soit obligatoire de passer par la parole ou de se remémorer des événements spécifiques qui pourraient le submerger à nouveau.

Le TRE peut cependant constituer un excellent complément à une psychothérapie ou encore  à d’autres approches psychocorporelles y compris la fasciathérapie.

TRE et Fasciathérapie

C’est grâce à une jeune femme ostéopathe qui me consultait pour des soins de fascia que j’ai découvert la méthode de David Berceli.  
Au cours de la cure, elle commença la pratique du TRE à une fin de formation.
Au fur et à mesure des séances qui suivirent, je sentis très vite une transformation au niveau de ses tissus.
J’avais accès plus rapidement, à plus de profondeur dans le toucher.
Cela me questionna.
Elle me convia alors à une de ses séances d’entraînement pour sa certification.
La pratique des exercices me confirma l’intuition de mon premier ressenti et l’intérêt que cette pratique pourrait représenter en complément de la fasciathérapie ; pour moi en tant que praticienne, mais également pour les personnes que je reçois.

Je vois plusieurs avantages à cette complémentarité.
D’une part, pour les personnes que je traite, l’opportunité d’acquérir un outil leur permettant d’autoréguler leur stress et par conséquent, de gagner en autonomie.
Et en ce qui concerne les soins, une nouvelle façon pour moi, d’en améliorer l’efficacité.

L’un des buts de la fasciathérapie comme du TRE, est de restaurer la fluidité des chaînes myofasciales et de libérer le corps de ses mémoires traumatiques.
Cependant les deux techniques agissent par des voies différentes.

En fascia, le thérapeute repère les endroits où le corps s’est figé.
Par un toucher fin et subtil, il permet aux tissus de se remettre en mouvement, restaurant ainsi le flux sanguin, les échanges métaboliques et la capacité du corps à coordonner  ses chaînes musculaires.

La méthode TRE, elle, s’adresse directement au système nerveux central via une alternance de contactions douces, d’étirements  et de relâchements.
Or il existe des relations complexes entre les exercices dynamiques et les phénomènes inflammatoires.
On sait maintenant que les étirements brefs et les exercices de petite intensité, diminuent la fibrose et le tissu cicatriciel et possède un effet anti-inflammatoire.

Par ailleurs, comme les fascias regorgent de fibres nerveuses sensitives et motrices, les tremblements neurogéniques, vont stimuler les aires corticales ; mais ils vont également par la vibration qu’ils induisent faire diminuer la viscosité des fascias et favoriser ainsi leur capacité à glisser les uns sur les autres, contribuant par là-même,  à la libération des mémoires traumatiques.

[1] La neurobiologie est l’étude des cellules du système nerveux et l’organisation de ces cellules en circuits fonctionnels qui traitent l’information et modèlent le comportement. C’est une sous-discipline de la biologie et des neurosciences.
EN SAVOIR PLUS

Bibliographie
David Berceli : (2014) La Méthode T.R.E pour se remettre d’un stress extrême. Thierry Souccar Editions
Bessel Van Der Kolk : ( 2014)  Le Corps n’oublie rien, Éditions Pocket
Peter Levine : Réveiller le tigre (2019), Interéditions

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